Notre système d’enseignement supérieur s’avère aujourd’hui fortement anti-redistributif et inégalitaire, avec une sous-représentation des jeunes issus des milieux modestes dans les diplômés de l’enseignement supérieur public et privé. Il convient de mener à bien la démocratisation de l’enseignement supérieur en assurant l’égalité des chances pour tous les jeunes quel que soit leur environnement social ou géographique d’origine tout en garantissant la qualité des formations.

Pour l’ouverture sociale

4. Changer d’échelle en lançant un programme national d’égalité des chances
5. Mettre en place un fonds dédié à l’ouverture sociale
6. Créer un observatoire national de l’ouverture sociale dans l’Enseignement supérieur
7. Poursuivre la dynamique engagée sur l’augmentation du montant et du nombre de bénéficiaires des bourses
8. Généraliser la responsabilité citoyenne dans les enseignements et former par l’action

L’enseignement supérieur doit contribuer à la mobilité et la cohésion sociales, l’apprentissage du vivre ensemble et des valeurs essentielles de la société française et de la démocratie. Il hérite cependant des inégalités sociales et culturelles qui se développent dès le primaire, voire le pré-scolaire. En 2011, environ 7 % de la population française métropolitaine étaient en situation d’illettrisme. Le niveau moyen des adultes français en lecture et en calcul est parmi les plus faibles des pays de l’OCDE (1). Il s’agit là d’un enjeu économique et de cohésion nationale, la maîtrise des compétences de base étant un élément essentiel pour l’insertion dans la société et le succès dans les études. Il est donc crucial d’assurer que chaque jeune maîtrise ces fondamentaux qui lui permettront de faire un choix éclairé au bout de sa scolarité obligatoire, qu’il s’agisse de poursuivre des études supérieures plus ou moins longues ou bien d’accéder au monde du travail.

Environ 150 000 jeunes quittent le système scolaire chaque année sans diplôme. Entre 20 et 30 % des élèves d’une classe d’âge arrivent en fin de scolarité obligatoire avec des savoirs insuffisants, qui compromettent aussi bien leurs chances de vivre de façon autonome, que d’acquérir des compétences professionnelles (2). Le déficit criant de connaissance du monde de l’enseignement supérieur par les lycéens et leurs parents (3) pousse plus d’un jeune sur deux à ne pas envisager d’études longues à l’issue du Bac ; la filière professionnalisante et rémunérée de l’apprentissage est également largement méconnue ou injustement déconsidérée.

Le diplôme constitue à ce jour la meilleure protection contre le chômage, et ce constat est encore plus vrai en période de crise économique. Le manque d’information sur les possibilités qu’offre l’enseignement supérieur, sur le niveau intellectuel requis et les nombreuses aides pour financer des études supérieures conduit à l’autocensure et à la sous-représentation des jeunes issus de milieux défavorisés ou de territoires isolés.

L’information sur la poursuite d’études, les formations, l’apprentissage, les aides et les procédures d’admission doit débuter dès le collège et être renforcée au lycée pour tous les jeunes et leurs parents. Ce devoir d’information et d’accompagnement est un travail conjoint de tous les acteurs (conseillers d’orientation, personnel administratif et enseignants, établissements du secondaire et du supérieur, entreprises, associations…) qui doit toucher l’ensemble des territoires, particulièrement les zones rurales et les banlieues. De nombreuses initiatives existent (cordées de la réussite, parcours d’excellence, associations et fondations oeuvrant sur le terrain…), il faut désormais changer d’échelle et en faire une véritable politique publique nationale pour favoriser l’accès des jeunes issus de milieux modestes aux diplômes du supérieur.

 

4. Changer d’échelle en développant un programme national d’égalité des chances et d’ouverture sociale permettant d’accompagner, dès la classe de troisième, les jeunes des milieux modestes et des zones rurales jusqu’aux études supérieures et à l’insertion professionnelle réussie. Y associer activement les entreprises dans le cadre d’actions d’information, d’orientation et de tutorat. Assurer le financement de programmes expérimentaux de changement d’échelle notamment à travers le troisième volet du Programme d’Investissement d’Avenir (PIA3), et le financement dans la durée de programmes massifs d’inclusion sociale par un réacheminement d’une partie de la taxe d’apprentissage.


5. Mettre en place un fonds dédié à l’ouverture sociale, avec des financements public et privés, pour le soutien des initiatives et des projets innovants qui se développent localement afin de changer d’échelle dans le nombre de jeunes accompagnés vers la réussite sur tout le territoire.


6. Créer un observatoire national de l’ouverture sociale dans l’Enseignement supérieur afin d’évaluer l’efficacité des programmes d’ouverture sociale et l’évolution de la composition des étudiants en France dans les grandes écoles et les universités.


7. Poursuivre la dynamique engagée sur l‘augmentation du montant et du nombre de bénéficiaires des bourses pour accompagner les jeunes dans leurs études et encourager particulièrement ceux issus de milieux modestes et des classes moyennes à une plus grande mobilité géographique et internationale.


8. Généraliser la responsabilité citoyenne dans les enseignements et former par l’action en instituant par exemple l’obligation pour chaque étudiant français en formation longue (Bac +5) de s’investir au cours de sa formation dans des actions d’engagement citoyen via le service civique ou autre (bénévolat, stage, réserve citoyenne…). Associer cette participation à une reconnaissance individuelle de la collectivité.


1. OCDE, Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes.

2. Rapport terra-Nova « Que doit-on apprendre à l’école ? Savoirs scolaires et politique éducative », mai 2016

3. Enquête CGE-TNS Sofres mars 2016
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